Armé par la Cunard Line, le paquebot RMS (Royal Mail Ship) Lusitania fait sa première traversée transatlantique entre Liverpool et New-York le 7 septembre 1907, à l'issue de laquelle il obtient le Ruban-Bleu créé par les grandes compagnies maritimes du XIXe siècle, pour récompenser les navires transatlantiques les plus rapides. Il détrône ainsi le paquebot allemand Kaiser Wilhelm II, qui le détenait  à l'époque, en 1909, son titre revient alors à son sister-ship le RMS Mauretania qui conserva le record pendant 20 ans.

  Comme tous les navires britanniques de ce début de siècle, le Lusitania est équipé des dernières technologies modernes apportées notamment par des prêts gouvernementaux importants, comme c'était l'usage depuis une centaine d'années de manière indirecte par l'Amirauté. En contrepartie l'Amirauté pouvait éxercer le droit de réquisitionner les paquebots des compagnies pour le transport de troupes ou navires auxiliaires. En 1913, le Lusitania entre en cale sèche à Liverpool pour renforcer sa coque et le montage de casemates destinées à recevoir 12 canons à tirs rapides de 6 pouces. Au début de la première guerre mondiale, en août 1914,le Lusitania, le Mauretania et l'Aquitania sont réquisitionnés par la Royal Navy en tant que croiseurs auxiliaires pour des actions de guerre. Le Mauretania et l'Aquitania avaient reçu des ordres officiels, mais le Lusitania put continuer ses traversées transatlantiques de passagers pour le compte de la Cunard, peut-être en raison de sa consammation de carburant, mais pour des raisons économiques, avec un nombre de voyages transatlantiques réduit à un par mois et une vitesse maximale de 21 noeuds, quatre de ses seize chaudières avaient été arrêtées. En janvier 1915, alors que la guerre sous-marine battait son plein le gouvernement britannique avait ordonné à sa flotte de commerce d'arborer des pavillons de pays neutres, c'est ainsi que le Lusitania était rentré en Angleterre sous couvert du drapeau américain. Bernés les Allemands avaient immédiatement réagis en publiant un communiqué annonçant leur ferme intention de couler à partir du 18 février tout navire, même neutre qui se trouverait à proximité de l'Angleterre ou de l'Irlande. Le roi George V avait alors demandé à l'attaché de l'armée américaine de Londres qu'elle serait la réaction du gouvernement des Etats-Unis, si l'Allemagne venait à couler un paquebot transportant des citoyens américains. Il lui fut répondu que dans cette hypothèse l'Amérique ne pourrait pas rester sans réagir.

  Le 1er mai le Lusitania était au port de New-York en escale depuis une semaine et s'apprêtait à repartir pour l'Angleterre, quand un nouveau communiqué de l'Ambassade allemande tombe. Ce dernier annonce très clairement les intentions belliqueuses du Kaiser Guillaume II à l'encontre de tout navire fut-il neutre surpris dans les eaux britanniques. Le capitaine du paquebot Willian Turner s'adresse aux passagers leur signifiant que si ils le souhaitent, ils peuvent encore descendre du navire et se faire rembourser le billet, mais il n'y eu aucun désistement, personne ne prend la menace réellement au sérieux. C'est ainsi que la Lusitania appareille avec 1 959 passagers à son bord, dont 168 Américains, il n'est pas escorté, car à l'époque on pensait que la vitesse de ces lévriers des mers était un gage de sécurité contre les attaques. Beaucoup ont fait remarquer l'imprudence, de faire aventurer sans escorte dans des eaux que l'on savait infestées de sous-marins, un navire avec des passagers d'une Amérique encore neutre. De plus le paquebot transportait dans ses cales des caisses contenants des munitions d'armes de poing et d'obus de différents calibres, (admis par l'Amirauté depuis 1972),et celà alimenta le débat après le naufrage. Certains pourront encore penser que le Lusitania allait servir d'appat pour précipiter l'entrée en guerre des Etats-Unis. Ces munitions avaient-été elles chargées à l'insu des gouvernements anglais et américains par des agents des services secrets, en pensant que les Allemands n'oseraient pas attaquer un navire civil ?

  Le 7 mai 1915 alors que le paquebot se trouve à douze milles marins de la côte, au large de la pointe sud de l'Irlande, le croiseur britannique Juno qui était censé lui servir d'escorte pour le reste du voyage, n'était pas là, il semble que l'Amirauté lui avait assigné une autre tâche. Le capitaine Turner avait été informé qu''un éventuel U-Boot pouvait  se trouvait dans le secteur, mais avec l'abscence du Juno il pensait qu'il n'y avait aucun danger et aucun mot à ce sujet aux passagers, inutile de les alarmer.  A 14h08, son navire est repéré par le sous-marin U-20 commandé par le Kapitanleutenant Walther Schwieger qui se positionne à tribord à 700m du Lusitania. L'officier allemand avait déjà attaqué plus tôt des cargos qu'il avait coulé et il ne lui restait plus qu'une torpille de faible puissance. Il décide de l'utiliser contre le paquebot, l'engin file droit sur le Lusitania le frappant par tribord avant, trois mètres en dessous de la ligne de flottaison, puis immédiatement après une seconde détonnation plus forte que la première vient ébranler le navire, l'explosion est rapporté par plusieurs survivants et le commandant du sous-marin qui le note sur son journal de bord. Le premier rapport mentionne que cette seconde détonnation, vient de l'explosion d'une des chaudières, mais on peut se demander si elle ne proviendrait pas des munitions transportées. De l'eau s'engouffre dans la brêche et innonde l'avant du navire, sur le pont la panique est totale, l'équipage ne peut mettre avec succès que six canots de sauvetages sur les quarante-huit que comptait le paquebot certains naufragés sautent à la mer, mais dans cette eau glaciale la plupart se noient ou meurent d'hypothermie en quelques minutes. Certains seront sauvés par des chalutiers présents dans le secteur qui avaitent captés les messages de détresse. Le navire gîte fortement et disparait en seulement dix-huit minutes, la proue en avant. Sur les 1 959 passagers et membres d'équipage ont dénombre 1 198 disparus. Bien que la plupart des passagers étaient Britanniques ou Canadiens, on enregistre la mort de 128 citoyens américains, parmi eux se trouvent l'écrivain Elbert Hubbard ou le milliardaire Alfred Vanderbilt. Celà provoque une vive émotion Outre-Atlantique.

  Dès le lendemain les Allemands pour se défendre, se bornent à dire que le navire transportait des munitions, pouvant expliquer la double explosion et la perte rapide du batiment, celà pouvait également justifier qu'il soit attaqué par le droit de la guerre, mais les Britanniques vont farouchement nier une quelconque présence de munitions à bord. Pourtant il faut attendre 1972 pour prouver la mauvaise foi des dirigeants britanniques. L'émotion provoquée par la mort de nombreux citoyens américains dans le naufrage fera pencher les Etats-Unis en faveur d'une entrée en guerre, qui jusqu'à cette date observaient encore leur neutralité dans la guerre en Europe. Tout autant embarrassé par cette affaire, les dirigeants allemands sanctionnent le commandant du sous-marin responsable du naufrage du Lusitania et accèptent de verser une compasation pour les familles des disparus. Certes Walther Schwieger ne connaissait pas la dangereuse cargaison du paquebot et à tout de même décidé d'utiliser délibérément la dernière torpille qu'il possédait qui aurait sans doute pas beaucoup endommager le navire. Le commandant de l'U-20 trouvera la mort le 5 septembre 1917 avec son équipage en Mer du Nord à bord du U-88.

  L'épave du Lusitania repose par environ 100 mètres de fond. Son emplacement sera tenue secret et oublié pendant près de 20 ans. Pendant les années 1930 le site sert tour à tour à la Royal Navy pour des essais de grenades sous-marines ce qui explique les nombreuses charges parfois non-explosées qui entourent l'épave et des chasseurs de trésors, bien que les plongées sur le site soient strictements interdites. Du paquebot il ne reste paratiquement que peut de choses reconnaissables, reposant dans un secteur à forts courants et malméné par les différents tests des grenadages sous-marins. La partie arrière de l'épave s'est effrondrée sur elle-même et couchée sur le côté tribord ce qui ne permet pas de se faire réellement une hypothèse sur les causes exactes du naufrages. En 1968 un homme d'affaires américain devient propriètaire de l'épave, ce qui est cependant contesté par le gouvernement irlandais. Des plongées ont été autorisées en 1980 mais même avec la présence de robots téléguidés l'épave du Lusitania garde son secret sur les causes réelles qui l'ont conduit au fond de l'océan. On estime qu'elle aura totalement disparue d'ici cinquante ans.

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                                 Le RMS Lusitania en 1907. (International Film Service).

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Le commandant du paquebot William Thomas Turner, officier chevronné de 58 ans. Pendant la première guerre il est affecté au commandement du Lusitania jusqu'à son naufrage le 7 mai 1915. Il est fortement chargé par Winston Churchill, alors Premier lord de l'Amirauté qui le rend responsable de la perte du navire, avant d'être totalement éxonéré par la commission d'enquête. Il reprend du service peu après à bord de l'Ivernia et survécu encore à son torpillage en 1917. Il prend sa retraite en 1919 et meurt d'un cancer de l'estomac en 1933.

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                                      Peinture représentant le naufrage du paquebot. (Bundesrachiv).

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Les derniers instants du geéant des mers. Tout comme le Titanic trois ans auparavant, le Lusitania va s'élever  avant de disparaitre de la surface emportant avec lui plus de milles passagers.

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Le Kapitanleutnant Walther Schwieger commandant le sous-marin U-20, responsable du torpillage du Lusitania. Il sera porté disparu au combat avec son équipage en Mer du Nord le 5 septembre 1917, à bord du U-88. (Bundesarchiv).

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Tableau peint par Ken Marshall, représentant l'épave du paquebot couché sur son flanc tribord. La faible profondeur et la raison pour laquelle les filets de pêche des chalutiers sont restés accrochés à la carcasse. L'arrière du batiment s'est totalement effondrée sur elle-même. Le navire à glissé en touchant le plancher océanographique, ce qui explique l'endommagement du bas de la proue. (Ken Marshall).