La disparition de ce biplan, le 8 mai 1927, pendant sa traversée sans escale entre Paris et New-York reste un des plus grands mystères de l'histoire de l'aviation. Au sortir de la Première Guerre mondiale, les pilotes de combats désormais sans emploi vont tenter de démontrer le potentiel pacifiste de l'avion, en réalisant divers exploits et défis. En 1919, un riche homme d'affaires français Raymond Orteig, ayant fait fortune aux Etats-Unis en ouvrant plusieurs luxueux hôtels, se propose d'attribuer une prime de 25 000 dollars US, au premier aviateur allié qui pourra relier dans un vol transatlantique sans escale les deux continents. Cette proposition sera appelée le Prix Orteig.

  Aussitôt, plusieurs pilotes vont tenter l'aventure, notamment l'Américain Albert Cushing Read qui relie Long Island aux USA à Plymouth en Grande-Bretagne, fin mai 1919 et l'équipage anglais Alcock et Brown le mois suivant qui relient Terre-Neuve à Clifden en Irlande. En 1924 Raymond Orteig renouvelle son offre. En France, la somme proposée intéresse divers aviateurs en mal d'action, comme l'ancien as de l'escadrille des Cigognes le lieutenant René Fonck qui s'inscrit immédiatement. Deux autres aviateurs vétérans sont aussi sur les rangs, Charles Nungesser et François Coli. Nungesser ex-officier pilote de chasse pendant la Grande Guerre s'est taillé une bonne réputation en devenant un des plus grands as français, arborant de nombreuses décorations militaires. François Coli quant à lui à commencé dans la marine marchande avant guerre, puis devient officier pilote de chasse en 1916, il à déjà à son actif plusieurs traversées entre l'Europe et l'Afrique du Nord, malgrè la perte d'un oeil dans un accident. Ayant une parfaite maîtrise de la navigation en général, il embarquera avec Nungesser.

  L'appareil choisi est un biplan Levasseur PL8, dont les deux hommes participent à l'élaboration. Avec l'aide des ingénieurs ils apportent diverses modifications en élargissant le fuselage pour un amerrissage, suppriment le cockpit biplace avant pour faire place au réservoir de carburant contenant 4 025 litres d'essence, et les deux hommes devront s'assoir côte à côte dans l'unique poste de pilotage subsistant. Nungesser décide d'appeler son appareil l'Oiseau blanc et fait peindre de chaque côté du fuselage son emblème personnel qu'il avait appliqué sur son biplan de combat pendant la guerre: une tête de mort aux tibias entrecroisés surmontée d'un cerceuil entourés de chandeliers, le tout dessiné dans un coeur noir. Pour gagner en poids les deux aviateurs délestent l'appareil de toute surcharge inutile, ainsi la radio et le canot de sauvetage sont retirés, le tableau de bord est rendu le plus sommaire possible, et dans sousci d'aérodynamisme le train d'atterrissage sera largué après le décollage, Nungesser prévoit d'amerrir à New-York devant la statue de la Liberté.

  C'est François Coli qui est chargé de dresser le plan de vol, il opte pour une route la plus courte qui doit amener l'appareil à naviguer au nord-ouest survolant la Manche, le sud-ouest de l'Angleterre, l'Irlande, et l'océan Atlantique, avant de glisser au sud-ouest vers Terre-Neuve, la Nouvelle-Ecosse puis la côte Est américaine. La date du départ est fixée pour mai. Le 7 mai les prévisions météorologiques françaises, britanniques, irlandaises, canadiennes et américaines estiment que les vents souffleront avec constance d'Est en ouest sur une grande partie de l'itinéraire dressé par Coli, cependant une dépression orageuse est signalée vers Terre-Neuve. A la lumière de ces conditions favorables, Nungesser et Coli décident à 21 heures de fixer le départ au lendemain matin. Le pilote à toute confiance en son appareil. Juste avant le départ Nungesser décide d'abaisser la contenance de son réservoir d'essence à 3 800 litres, au vue des conditions métérologiques, et pour pouvoir gagner de la vitesse au décollage. Le 8 mai à 5h18 l'appareil décolle du Bourget, pendant un temps il est escorté par d'autres avions, selon le témoignage d'un pilote suiveur, l'Oiseau blanc à survolé successivement Enghien, Montmorency, Pontoise, Mantes-la-Jolie, Vernon, Elboeuf, Rouen, Duclair, Caudebec-en-Caux, Bolbec puis Etretat. A 6heures 48, l'escorte retourne sur ses pas, l'Oiseau blanc est désormais seul, il fait route au cap 300° vers la côte anglaise. Tout semble se dérouler normalement, l'appareil vole un peu moins vite que lors des essais du fait du poids de son carburant encore assez important. A 7 heures 45, un officier de la Royal Navy aperçoit un biplan avec des marquages bleu, blanc, rouge sur la dérive volant à une altitude de 300 mètres à 20 milles nautiques au sud-ouest de la pointe des Needles, sur l'ïle de Wight. Il est encore aperçu par un habitant de Dungarvan en Irlande vers 10 heures 10, puis par un prêtre de Carrigaholt à 11 heures, C'est la dernière fois qu'il est vu.

  Le 9 mai dans l'après-midi, une foule importante de New-Yorkais se rassemble à Bettery Park pour assister à l'arrivée des deux aviateurs français. Des rumeurs circulent , l'Oiseau blanc aurait été aperçu au-dessus de Terre-Neuve ou Long Island. Le succès de Nungesser et Coli est annoncé à Paris à 23 heures à l'Aéro-Club de France et l'information est même relayée par certains journaux. Dans la nuit des cablogrammes venant des Etats-Unis démentent l'arrivée des deux Français à New-York. L'avion transportait un total de 3 800 litres de carburant lui permettant une autonomie de vol de 40 heures, passé se délai il faut se rendre à l'évidence, l'appareil à disparu avec son équipage. Immédiatement des recherhes américano-cannadiennes s'organisent et des navires quadrillent un périmètre compris entre le golfe du Saint-Laurent, Terre-Neuve, l'ïle de Sable et la Nouvelle-Ecosse. Plusieurs témoignages font état d'un avion blanc aperçu le 9 mai au matin à Harbour Grace (Terre-Neuve). Les recherches concentrées autour de l'ïle restent vaines. Le 9 juin elles sont finalement abandonnées, seul l'Australien Sidney Cotton les poursuit avec son hydravion jusqu'à la fin juillet sans résultats.

  Depuis 1927, de fréquentes recherches vont mener les enquêteurs à Terre-Neuve, dans la région boisée du Maine aux Etats-Unis ou encore dans les eaux de Saint-Pierre-et-Miquelon, à chaque fois elle sont basées sur des témoignages de personnes ayant entendu ou apercu un avion à la date du 9 mai. Quelques éléments, comme des débris métaliques trop petits pour être vérifiés sont retrouvés à Round Lake entre la frontière du Canada et des Etats-Unis, ou un habitant montre aux enquêteurs un étui à cigarettes qu'il aurait découvert dans les forêts des environs, celui-ci est marqué de cigognes, qui était l'emblème de nombreux pilotes français de la Grande Guerre, authentifié par l'Aéro-Club de France, il serait daté entre 1900 et 1920. En 1951 un habitant de Round Lake retrouve un moteur qui pourrait provenir d'un avion en pleine forêt, mais ce dernier est déplacé en traineau par des chasseurs en 1974, et sa trace fut perdue. Un autre élément troublant fut retrouvé dans les archives des gardes côtes américains où un télégramme signal le repêchage de débris d'un avion blanc, notamment une aile. Les dernières recherches datent de 2013 dans les eaux de Saint-Pierre-et-Miquelon ou un navire sonde les fonds-marins avec un sonar, sur le témoignage d'un pécheur ayant entendu un jour de grand brouillard, un avion percuter la mer, mais aucune épave n'est découverte. Encore aujourd'hui, presque quatre-vingt dix ans après on ignore toujours si les deux aviateurs ont pu atteindre les côtes des Etats-Unis, même si il semble qu'ils auraient bel et bien réussis. C'est l'Américain Charles Lindberg qui entrera dans la légende en traversant l'Atlantique pour atterir au Bourget, d'où était parti l'Oiseau blanc quinze jours auparavant. Le lendemain de sa victoire, Lindberg demanda à rencontrer la mère de Charles Nungesser pour lui présenter ses condoléances.

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Charles Nungesser 1892 - 1927 après la Première Guerre.

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François Coli 1881 - 1927. (albindenis.free.fr)

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L'Oiseau blanc.

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Le train d'atterrissage de l'avion, largué après le décollage exposé au Musée de l'air et de l'espace au Bourget. (Fitamant)

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Plan de vol de l'Oiseau blanc, dressé par François Coli. (BlankMap-World8.svg)

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Photo de l'appareil prise lors des essais. (Marcel Jullian)

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Monument érigé à Etretat rappelant le passage de l'Oiseau blanc le 8 mai 1927. (lemediademarie.wordpress.com)

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Les deux aviateurs posant à côté de l'avion avant leur départ. (larousse.fr)