Conçu dans le plus grand secret et en un temps record, le Berliet T100 n°1 sort des chaines d'assemblages de la marque à Vénissieux en 1957. Il est présenté pour la première fois au Salon de l'automobile de Paris en octobre 1957. Ce qui impressionne au premier regard c'est sa taille, pour l'époque il est le plus gros camion du monde.

  En 1954 des gisements d'hydrocarbures sont découverts dans le Sahara algérien, la compagnie Shell qui exploite les sites rencontre des difficultés notamment pour le transport de certaines masses indivisibles. Ses véhicules sont essentiellement américains , des Kenworth, cependant mêmes ces gros camions avaient leurs limites dans certaines régions reculées du Sahara. Avec la découverte de pétrole des industriels français se montrent intéressés et planchent pour proposer leurs matériels aux pétroliers. C'est le cas de l'entreprise ALM qui produit de petits camions tout-terrain, mais la marque Berliet est également sur les rangs. Fin 1956 à l'invitation du directeur de Shell, Paul Berliet en personne effectue un survol du Sahara en avion et constate que les véhicules ne sont pas adaptés. Quelques mois plus tard il proposa la Gazelle, mais ce véhicule ne peut pas transporter de charges volumineuses. L'industriel, envoit alors sur place un groupe d'ingénieurs afin de dresser un cahier des charges d'un camions pouvant traverser les dunes avec du matériel lourd de 50 à 60 tonnes. Une semaine plus tard les travaux d'études sont terminés, les ingénieurs préconisent un camion aux dimensions enormes, le feu vert est donné à la conception.

  Le T100 possède les plus gros pneumatiques dont disposait Berliet, puis vint la fabrication du chassis. Pour le moteur d'un tel mastodonte, Berliet ne possédait pas de modèle adéquate, et encore moins de temps pour en concevoir un, il se tourne vers l'Américain Cummins qui produisait déjà les plus gros moteurs pour les camions. Le T100 n°1 sera équipé d'un Cummins V12 de 29,61 litres de cylindrée, avec deux turbocompresseurs développant 600 ch, une transmission semi-automatique Clark à quatre rapports avant et quatre arrière, la direction est assistée grâce à un moteur de voiture Panhard. Certains composants proviennent de l'industrie aéronautique, comme les freins à disques et les suspensions avant à ressorts à lames et amortisseurs hydrauliques Messier (équipementier pour l'aviation) et arrière par ressorts à lames et barres de torsion stabilisatrices, ainsi que deux réservoirs de carburant de 950 litres. Achevé en seulement dix mois, le T100 sera la vedette du Salon de Paris 1957, puis part faire des tests en milieu hostile. En 1958 il rejoint Le Havre et embarque dans la cale d'un navire en partance pour l'Afrique, il est l'invité d'honneur pour la foire de Casablanca et reçoit les honneurs du roi du Maroc, cette visite pose les premières étapes de l'implantation de Berliet au Maroc. Plus tard le n°1 revient en France pour parfaire sa mise au point dont profitera le n°2 en cours d'assemblage. Terminé en septembre 1958 le n°2 bénéficie d'un moteur de 700 ch (grâce au travail sur l'arbre à cames) reconaissable à son capot surélevé, sa calandre comporte cependant l'anotation 600ch. Après des essais et tests en commun où le nouveau moteur 700 ch sera mis au point, le T100 n°2 part dans le Sahara travailler pour l'industrie pétrolière.

  Présenté au salon de Francfort en 1959 le T100 n°1 comporte une livrée rouge et le stand Berliet est encore trés visité, plus tard il part également en Afrique, où il participe à l'inauguration de la base Berliet d'Ouargla, avant de rejoindre les installations pétrolières dans le Grand Erg Oriental. La marque lyonnaise débute l'assemblage du troisième T100 qui contrairement  à ses prédécesseurs sera équipé d'une benne Marrel capable d'embarquer 50m3 de roches. Commandé par le C.E.A. (Commissariat à l'Energie Atomique), le n°3 sera utilisé pendant cinq ans dans les mines d'uranium de Haute-Vienne, avant d'être mis à la disposition d'une entreprise de BTP travaillant à la construction d'une autoroute. Il terminera sa carrière exposé à des fins publicitaires puis détruit en 1978. Aussitôt après la sortie du T100 n°3, la marque lyonnaise se lance dans la réalisation d'un quatrième "maxi poids-lourds", visant cette fois le marché américain. Le n°4 est doté d'une cabine avançée avec une grande surface vitrée, et peut acceuilir pas moins de cinq personnes à bord. Berliet se sert de son stock pour lui octroyer un V12 Cummins de 600 ch. Après sa sortie des chaines de montages le T100 n°4 part pour les Etats-Unis, où il sera exposé pour la foire de Tulsa puis Chicago, il continu son périple en faisant une halte aux ateliers Cummins où son moteur passe à 700 ch. Malgrès cette tournée de promotion Berliet n'enregistre aucune commande.

  Après le retour du n°4 en France, la marque lyonnaise cherche une nouvelle mécanique pour son camion, son choix se porte sur l'entreprise Turbomeca, qui fournira une turbine d'hélicoptère. Cette dernière participe à des séries de tests de 1960 à 1964, en pure perte car le projet n'est pas viable, en plus d'une consommation importante de carburant, la gamme T100 sera un échec pour Berliet, l'aventure de la série s'achève après seulement quatre exemplaires achevés. De nos jours il ne reste que deux T100 dans le monde, un toujours en Afrique et le dernier exposé au sein de la Fondation Berliet. Le 31 janvier après un périple de 600 km un convoi exeptionnel à transporté le T100 français de Lyon à Paris à l'occasion du Salon Rétromobile 2019 à la Porte de Versailles.

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Le premier exemplaire du Berliet T100 devant les ateliers de montage en 1957. (moteursmagweb.fr)

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Affiche publicitaire. (france3-regions.francetvinfo.fr)

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Le n°2 reconnaissable au bossage de son capot en phase de tests. (lautomobileancienne.com)

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(auto-moto.com)

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Les T-100 n°1 et 2. (https://www.fondationberliet.org)

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(pinterest.fr)

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Berliet T-100 n°3. (lautomobileancienne.com)

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T-100 n°4. (lautomobileancienne.com)

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Le T-100 durant son transfert de Lyon à Paris. La largeur du convoi est assez impressionnante. (francetvinfo.fr)

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Le T-100 exposé au salon Rétromobile 2019 à la Porte de Versailles. (leparisien.fr)