Marcel Albert voit le jour le 25 novembre 1917 à Paris. A sa naissance son père, Louis Marcel Albert, qui était mobilisé sur le front, fut légèrement blessé lors d'une attaque au gaz ypérite, fait prisonnier par les Allemands, il réussit néanmoins à s'échapper du camp en traversant le Rhin glacé à la nage. Après la guerre il devient propriétaire d'un garage automobile, où le jeune Marcel chouchouté par les mécaniciens y passe tout son temps libre. Mais bientôt Louis Marcel Albert doit vendre son garage car ses problèmes pulmonaires s'aggravent, et la famille s'installe dans une ferme, à la campagne, à Paray-Vieille-Poste (Essonne) en bordure de l'aérodrome d'Orly. C'est de là que naît la passion du jeune Marcel pour l'aviation. Il passe souvent bavarder avec les mécaniciens aéronautiques dans les ateliers, durant toute sa vie il sera plus à l'aise au milieu des ouvriers et des sous-officiers mécaniciens que parmi ses homologues, les officiers pilotes et les gens du beau monde.

  En 1935 Louis Marcel Albert fini par succomber , très affecté le jeune Marcel doit arréter ses études et travailler pour faire vivre sa famille. Au début de 1936 il trouve un emploi aux usines Renault de Boulogne-Billancourt en qualité d'ouvrier metallurgiste. Etant devenu pupille de la Nation en janvier 1936, Marcel à droit à une bourse pour continuer ses études, ce qu'il fait. Avec l'arrivée au pouvoir du Front populaire, le gouvernement va créer les Sections d'Aviation Populaire, pour rendre la discipline accessible à tous, celà permet à Marcel Albert de passer ses deux premier degrès de pilote entre 1936 et 1937. L'année suivante il intègre  l'école d'Istres et obtient son brevet de pilote militaire en juillet 1938. En mars 1939 il est nommé sergent et affecté à la 1ere escadre de chasse., mais lorsque la guerre éclate Marcel est muté en tant qu'instructeur au Centre d'Instruction de la Chasse près de Chartres. Cette affectation ne lui convient guère et fait tout son possible pour retourner dans une unité combattante, ce qu'on lui accorde en février 1940 et rejoint la 2e escadrille du groupe de chasse 1/3 Cannes en cours de transformation. Au sein de ce goupe Marcel Albert va effectuer une trentaine de missions de mai à juin 1940 durant la Campagne de France. Il revendique ses deux premières victoires , une confirmée le 14 mai sur un Dornier 17, et une probable mais non homologuée le 20 mai sur un Heinkel 111.

  En juin 1940 son escadrille doit se replier en Afrique du Nord pour éviter la capture par les Allemands. Les hommes ne comprennent pas pourquoi l'armée de l'Air est accusée d’une grande partie de la responsabilité de la défaite. lis ne savent pas pourquoi des centaines d’avions neufs sont restés au sol, dans des dépôts, alors que les unités opérationnelles manquaient cruellement de matériel. Pour Albert, une longue période d’inactivité commence. En octobre 1941 Marcel Albert et deux autres camarades, les segents Lefèvre et Durand décident de rejoindre la France libre. Le 14 octobre 1941, Marcel décolle du terrain d'Oran la Sénia pour un vol d'entrainement. Quelques minutes plus tard le sergent Albert Durand signal un problème moteur et indique qu'il rentre au terrain, mais il s'esquive, Marcel Lefèvre ne tarde pas de l'imiter sans que personne ne s'en aperçoive. Marcel Albert lui aussi lâche la formation en semant son équipier, puis les trois fugitifs mettent le cap sur Gibraltar. Les trois Dewoitine 520 finissent par arriver, mais Marcel Lefèvre se trompe et atterri en territoire espagnol, sous la mitraille des troupes franquistes il doit redecoller en trombe pour rejoindre le côté britannique. Peu après les trois pilotes français embarquent pour l'Angleterre sur un aviso des Forces navales françaises libres.

  Une fois en Angleterre, ils doivent suivre un entraînement intensif obligatoire à l'Operational Training Unit de Camberley, pour se familiariser avec les techniques en vigueur dans la Royal Air Force et le maniement du Supermarine Spitfire. A l'issue de son stage Marcel Albert est nommé sergent-chef en décembre 1941 et rejoint le groupe de chasse Île de France (squadron 340) qui fait partie des Forces aériennes françaises libres. A bord de son Spitfire, il effectue 48 missions de guerre au-dessus de la France, le 1er mars 1942 il est nommé aspirant. Le général de Gaulle a décidé d'envoyer un groupe de chasse français sur le front russe, et Albert se porte volontaire. Il part, mêlé à des pilotes français de diverses unités, pour Greenock, en Ecosse. De là, il rejoint Lagos au Nigéria par bateau. C’est ensuite la traversée d’une partie du continent africain par la voie des airs, jusqu’au Caire. Enfin, le 7 octobre il parvient à Rayak au Liban, où vient de se former le groupe de chasse Normandie, destiné à aller combattre aux côtés des Soviétiques.

  Le groupe Normandie arrive sur le front le 22 mars 1943 à Polotniani-Zavod. Le 5 avril, Albert doit faire un atterrissage  forcé, son Yak ayant des ennuis de moteur. Le 2 juin, le "Normandie" est à Khationki, à quelques kilomètres des premières lignes. Peu après, Albert abat son premier avion allemand en Russie, victoire qui compte également comme la deuxième victoire du groupe Normandie. C’est le 16 juin, au cours d’un vol de surveillance avec le capitaine Preziozi, près d’une petite station de chemin de fer portant le nom de Soukinovichi qu’il remporte cette victoire. Apercevant un Focke-Wulf 189, avion de reconnaissance bipoutre, Albert en avertit Preziozi et les deux hommes jettent leurs Yak contre l’intrus. L’Allemand effectue un brusque retournement et frôle à les toucher les deux Français, mais il est déjà frappé à mort : la pointe de sa cabine centrale est disloquée, l’un de ses moteurs flambe et de nombreux impacts sont visibles. Les Français suivent quelque temps leur victime puis l’abandonnent. Le soir, les Russes annoncent que l’avion s’est écrasé près de Brousnamekovaïa.

  Le 5 juillet, le "Normandie" reçoit ses premiers Yak-9 bien supérieurs aux Yak 1 utilisés jusque-là. Le 11 juillet, "Normandie" est mis en alerte pour participer à la bataille d'Orel. Cette grande bagarre va amener de nombreuses victoires, mais aussi des pertes très sévères. Le 14 juillet 1943, Albert inscrit à son palmarès sa deuxième victoire en URSS. En patrouille avec Pouyade, Béguin, Preziosi et Tedesco, il rencontre trois Messerschmitt-Bf 110. Il descend deux d’entre eux, mais le lieutenant Jean de Todesco disparaît dans la mêlée. En cinq jours, Albert abat quatre avions allemands. Le 17 juillet, le commandant Tulasne est porté disparu. À la suite de la disparition du lieutenant Léon, le 4 septembre 1943, Albert prend le commandement de la 1ere escadrille et est nommé lieutenant. Le 22 septembre, "Normandie" compte 68 victoires homologuées, mais le groupe est exsangue : ses pilotes sont épuisés physiquement et nerveusement. Le groupe est retiré du front, le 22 octobre, et le 6 novembre prend ses quartiers d'hiver à Toula où il est recomplété par des renforts, devenant un régiment à quatre escadrilles. Albert est l’un des derniers survivants des Français arrivés en 1942. Il en est alors à sa 15e victoire.

  Le 25 mai 1944, le groupe "Normandie" retourne en première ligne à Doubrovska.Quelques mois plus tard l'unité franco-russe reçoit des Yak-3. En octobre les Français participent à la grande offensive soviétique en Prusse-Orientale, durant laquelle l'escadrille effectue 100 sorties en 3 jours. Marcel Albert y remporte 6 victoires supplémentaires, mais les pertes sont lourdes. A la fin du mois de novembre 1944, le groupe prend son nom définitif de "Normandie-Niemen". Le mois suivant Marcel Albert reçoit ses galons de capitaine, puis se voit décerner l'étoile d'or de "Héros de l'Union soviétique" la plus grande récompense de l'Union soviétique. Le 23 décembre Marcel  part en permission en France avec quelques anciens du groupe, lorsqu'il regagne son unité c'est pratiquement pour apprendre la fin de la guerre. Le 20 juin 1945, les 42 appareils du "Normandie-Niemen" se posent au Bourget sous les acclamations de la foule. Mais à la fin de la cérémonie Marcel est hospitalisé pour une fièvre typhoïde et devra suivre une convalescence d'un mois et demi. En octobre 1945 le capitaine Albert est nommé à l'inspection générale de l'armée de l'air, mais à sa demande il est alors réaffecté en 1946 au Centre d'essais en vol de Brétigny-sur-Orge. Au début de 1947, il est muté comme attaché militaire à l'ambassade de France à Prague en Tchécoslovaquie. Il y fait la connaissance de miss Freda Cantrell , une citoyenne américaine travaillant à l'ambassade des Etats-Unis. Détestant toujours les mondanités et mal à l'aise en société, Marcel Albert ne parvient pas à s'adapter à son nouveau poste, et quitte l'armée en 1948. Il épouse miss Cantrell à New-York, puis sinstalle définitivement aux Etats-Unis. Peu après il va créer un chaine de cafétérias, puis une entreprise de fabrication de gobelets en carton, avant de se lancer dans la fabrication de gobelets en plastique avec un certain succès. A partir de 1970, le couple sinstalle à Chipley en Floride. Son épouse Freda, s'éteint le 29 janvier 2009, âgé de 92 ans Marcel Albert meurt le 23 août 2010 dans une maison de retraite de Harlingen au Texas.  Decorations obtenues: France: Gran-croix de la Légion d'honneur (en avril 2010), Compagnon de la Libération, Croix de guerre 1939-1945, avec 15 palmes et 3 étoiles de vermeil, Médaille de la Résistance avec rosette. URSS: Héros de l'Union soviétique, Ordre de Lénine, Ordre du Drapeau rouge, Ordre de la Guerre patriotique 1ere classe, Croix de guerrre 1939-1945 (Tchécoslovaquie).

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Capitaine Marcel Albert 1917-2010. (flickr.com)

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Marcel Albert au centre avec des mécaniciens russes en 1941. (theamericanmag.com)

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Le Yak-9 de M. Albert à Toula hiver 1943/1944.  (normandieniemen.com)

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Marcel Albert au Bourget le 20 juin 1945 lors du retour en France du groupe "Normandie-Niemen". (photoshistoriques.info)