Cette bande de gangsters spécialisée dans le braquage à main armée a sévi dans les années immédiates d'après-guerre. Certains de ces malfaiteurs étaient des anciens agents de la Carlingue ou Gestapo française de la rue Lauriston. Les gangsters membres de la carlingue se sont mis au service de l'occupant allemand. Ils trafiquent avec la Wehrmacht, la Gestapo, l'Abwehr (service de renseignement de l'état-major allemand) et les missions d'achat nazies. Ils pourchassent les résistants et s'enrichissent en pratiquant le marché noir, l'extorsion et la confiscation des biens des juifs. Parmi eux on retrouve notamment Pierre Loutrel, dit Pierrot le fou, Henri Fefeu alias Riton le tatoué ou encore Abel Danos dit le Mammouth (du fait de sa corpulence). Sentant le vent tourner certains vont tenter de se faire oublier en intégrant un réseau toulousain de résistance. Après la guerre ils vont s'associer avec d'anciens de la rue Lauriston. C'est ainsi que se forme le futur gang des Tractions avant qui regroupe cinq membres (selon l'inspecteur Roger Borniche) : le chef Pierre Loutrel dit Pierrot-le-fou , Abel Danos "Mammouth", Georges Boucheseiche, Raymond Naudy, un ancien de l'Armée des Alpes et Joseph Brahim Attia, dit Jo ancien gestapiste mais déporté à cause de son rapprochement avec la résistance. Cependant d'autres noms  y seront associés tels: Henri Fefeu, Marcel Ruard ou encore Maurice Laguerre. Loutrel et Attia se sont liés d'amitiés lors de leur service militaire dans le Bat d'Af, ces camps disciplinaires militaires d'Afrique réservés aux individus ayant écopé d'au moins deux mois de prison avant leur incorporation.

  Spécialisé dans les attaques à main armée le gang des Tractions Avant , opérant à bord de Citroën du même nom, va commettre plusieurs braquages dans la région parisienne, la Côte d'Azur et en Provence entre février et novembre 1946. Les malfaiteurs préparent minutieusement leur plan: une action, un repli rapide et un butin considérable, en seulement quelques mois le montant des méfaits s'élève à plus de 80 millions de francs de l'époque, soit près de 6,5 millions d'euros actuels. La première attaque du gang se déroule le 7 février 1946 avenue Parmentier à Paris, deux Tractions Avant à bords desquelles se trouvent Loutrel, Naudy, Attia, Boucheseiche et Fefeu braquent un fourgon du Crédit Lyonnais et s'emparent d'un butin de  trois millions de francs, ne faisant aucune victime. Trois jours plus tard c'est une camionette des PTT qui est braquée à la Gare de Lyon, montant huit millions de francs. Le gang décide de se séparer quelques temps, Pierre Loutrel, Raymond Naudy et Marcel Ruard descendent sur la Côte d'Azur, avec eux se trouve la maitresse de Loutrel, Marinette Chadefaux une ancienne prostituée. Le 14 mars les trois complices braquent deux employers de l'EDF à Nice, dérobant ainsi près d'un million deux cent mille francs. Pendant ce temps à Paris les autres membres du gang ne chôment pas, ainsi dix jours avant le braquage de Nice, Jo Attia et ses complices arrachent une sacoche du trésorier-payeur d'une usine à Issy-les-Moulineaux pour un butin de sept millions.

  En avril, Loutrel et Ruard attaquent un encaisseur des Etablissements Borie de Marseille, mais cette fois celà se passe mal. La victime s'accroche à sa serviette, elle est abattu à bout portant. Le butin s'élève à sept mille francs et son agresseur semblait ivre. Cet assassinat émeut la population et provoque rafles, perquisitions et interpellations dans la région. En mai le gang s'en prend aux Comptoirs d'Escompte d' Aix-en-Provence. Une semaine plus tard ce sont deux encaisseurs du Crédit Lyonnais qui sont braqués. Le 8 juin à Cagnes-sur-Mer après un vol de coffre-fort Loutrel,Naudy et Fefeu échappent de peu à un barrage en blessant un gendarme. Le 1er juillet renseigné par un postier, Loutrel et Naudy pénètrent dans l'hôtel des Postes de Nice et braquent les postiers présents dans la chambre forte. Il s'enfuient à bord d'une Traction Avant ou attendaient Ruard et Maurice Laguerre. L'opération n'a duré qu'un quart d'heure et rapporte 33 millions de francs. Après quelques jours de repos à Bandol, Loutrel, Naudy, Ruard et Laguerre sont surpris par un coup de filet à l'hôtel Maxim's de Cassis. Ils auraient semble-t-il été dénoncés par le << Milieu marseillais >> s'en suit une fusillade, Maurice Laguerre est interpellé, Ruard et deux policiers sont blessés. Loutrel et Naudy déposent le blessé chez un médecin ami qui le soigne. Néanmoins Ruard sera arrêté le 20 juillet. Il va écoper en décembre 1949 d'une peine de vingt ans de travaux forcés pour sa participation au hold-up de Nice, le meurtre de l'encaisseur de Marseille et trois autres braquages. Naudy et Loutrel se cachent à Marseille, sorti acheté des cigarettes Pierrot le fou est interpellé rue Thubaneau et conduit à l'hôtel de police. Avant que les policiers puissent l'identifier il s'échappe en dérobant l'arme d'un agent.

  De retour à Paris le gang est nouveau réuni entre le 16 juillet et le mois de septembre, les truands vont enchainer cinq braquages. Le 16 juillet rue de Rivoli un fourgon de la Société Générale est dévalisé pour un montant de 3,2 millions de francs. Le 29 juillet attaque à main armée de la Société d'approvisionnement de la SNCF, après la neutralisation des employers, le coffre-fort contenant 9 millions est entièrement vidé. Le 1er août le gang connait un premier échec en visant le vol de 500kg d'or au Comptoir des métaux précieux rue Dareau L'établissement avait envisagé un tel sénario et avait changé de fourgon pour le transport. des lingots. Le 24 août rue de Maubeuge, braquage d'un fourgon postal, le gang fait main basse sur 8 millions de francs. En septembre deux encaisseurs sont dévalisés à Champigny-sur-Marne pour un butin de 2 millions de francs. La police ne commence à identifier Pierre Loutrel comme l'instigateur de tout ces braquages qu'à partir du hold-up de l'hôtel des Postes de Nice. De plus le mileu se méfie de lui, de sa violence et de son caractère imprévisible surtout quand il à bu. Mais les coups de filets de la police en réponse à tous les braquages du gang, désorganisent les activités " traditionnelles" de la prostitution et du proxénétisme. Le ministre de l'intérieur Edourad Depreux ordonne en septembre 1946 la coordination de toutes les forces contre le gang et éxige des résultats.

  Courant septembre une information met la police sur la piste du gang: les braqueurs fréquentraient l'auberge des Marronniers à Champigny-sur-Marne. Le 25 septembre 350 policiers sous les ordres des commissaires Casanova et Pinault épaulés de l'inspecteur Nouzeilles investissent l'établissement, mais les malfaiteurs n'y sont pas. Les policiers arrivent néanmoins à localiser Boucheseiche, Attia et Fefeu dans un restaurant proche, l'Auberge. Le préfet Charles Luizet ordonne le siège de l'Auberge, mais les policiers sont repérés par les trois gangsters, une fusillade éclate, la police envoit des renforts dont deux automitrailleuses. Pierrot le fou qui n'était pas à l'Auberge est informé de l'affrontement entre la police et ses complices. Il approche au volant d'une Delahaye, force les barrages récupère Attia et Fefeu et prend la fuite en échappant à de nombreux coups de feu des forces de l'ordre. Le véhicule criblé d'impacts, les pneux crevés est abandonné dans les bois. Les trois individus volent un cabriolet à Saint-Maur mais tombent en panne dans la forêt d'Armainvillers, puis ils s'emparent d'un camion pour se retrouver à Auvers-sur-Oise où ils ont une planque. De son côté Boucheseiche n'est pas interpellé il est parvenu à se soustraire de la police en se cachant au fond d' un puit et à utilisé une paille pour respirer. Pour le préfet Luizet le bilan est maigre quelques obscurs comparses ont été arrêtés, mais les membres les plus virulents courent toujours, désormais les jours à venir semblent bien sombres et l'étau se ressère autour de Loutrel et ses complices.

  Le 30 septembre Henri Fefeu est arrêté par la criminelle dans un café de Montmartre, localisé grâce un appel téléphonique qu'il a passé dans un garage automobile de la Ferté-sous-Jouarre surveillé par la police. Il décèdera en prison rongé par la tuberculose en 1953. Pourtant Pierrot le fou et son gang ne lève pas le pied, et en octobre avec Naudy, et Attia  il attaque un transporteur de fonds, à Bercy et rafle la recette d'un négociant en vins. A la suite d'un quiproquo, ils échappent de peu à un piège tendu par l'inspecteur Roger Borniche à d'autres malfaiteurs ce jour-là. Le 5 novembre Loutrel en fin d'après-midi est en état d'ébriété il entre dans une bijouterie du 36 rue Boissière à Paris et braque le patron qui se défend, Loutrel le blesse mortellement et prend la fuite, dans une Traction Avant où l'attandent Attia et Boucheseiche garés devant la boutique. Loutrel est blessé dans l'abdomen, il est fort possible qu'il se soit blessé lui-même accidentellement avec son propre P-38 en montant dans la voiture. Le bijoutier succombe pendant son transfert à l'hôpital. Attia et Boucheseiche conduisent Pierrot-le-fou chez une amie d'un de leur complice où il est éxaminé par un medecin, celui se déclare impuissant et conseille une hospitalisation.Attia et Boucheseiche emmènent Loutrel dans la clinique Diderot dans le XII arrondissement où il est hospitalisé et opéré sous un faux nom. Quelques jours plus tard Attia, Boucheseiche et Danos déguisés en infirmiers viennent régler la note et récupèrer Loutrel en ambulance. Ils le conduisent chez un ami Jules Edmond Courtoit à Porcheville, où il meurt des suiites d'une hémoragie interne qui s'est déclarée pendant le trajet. Les quatre hommes décident d'enterrer le cadavre de leur chef sur une île de la Seine en face de Limay. Son corp ne sera retrouvé et identifié trois ans plus tard. Jusqu'à cette date la police et la presse lui imputeront d'autres braquages. Sa maitresse Marinette Chadefaux disparait mystérieusement peu après la mort de Pierrot, selon l'inspecteur Roger Borniche, elle aurait-été assassinée par Jo Attia et Georges Boucheseiche à qui elle reprochait la mort de Loutrel et avait menacé de les dénoncer.

  Jo Attia sera appréhendé à Marseille en juillet 1947. Jugé qu'en 1953, il écope d'une peine de trois ans de prison pour un cambriolage perpétré en 1946. il sortira le soir-même de l'enceinte judiciaire. De nombreux témoignages de personnalités qui ont été déportés en même temps que lui à Mauthausen à l'instar d'Edmond Michelet personnalité éminente de la résistance qui sera ministre du général De Gaulle, ont mis en valeur son comportement exemplaire qu'il à eut en déportation.

  Georges Boucheseiche est également interpellé en juillet 1947 à Mandelieu. Il est condamné à un an de prison pour recel de cadavre, puis à sept ans de travaux forcés pour avoir dévalisé un diamentaire sous l'occupation.

  Abel Danos et Raymond Naudy se réfugient à Milan où ils participent à trois hold-up qui font trois victimes. En octobre 1948 dénoncés par des complices ils prennent un bateau pour rejoindre la France  avec femmes et enfants. Ils sont interceptés par des gendarmes et des douaniers à leur débarquement à Menton, une fusillade s'en suit durant laquelle un gendarme est tué ainsi que Raymond Naudy, la maitresse de celui-ci enceinte est grièvement blessée. Abel Danos parvient à fuir et monte à Paris, mais lâché par le Milieu il se livre à de petits cambriolages pour survivre. Il est arrêté en décembre 1948 pour avoir fracturé la porte d'une chambre de bonne. En mai 1949, la cour de justice de la République condamne Abel Danos à mort pour les exactions dont il s'est rendu coupable sous l'occupation. En juin 1951 il de nouveau condamné à la peine capitale par le tribunal militaire. Abel Danos est passé par les armes au fort de Montrouge en mars 1952.

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Pierre Loutrel (1916-1946) alias Pierrot le fou. Ex gestapiste au service du réseau la Carlingue, il rentre dans la résistance quand il sent le vent tourner pour l'occupant. Après la guerre il bascule dans le banditisme et sera le créateur du gang des Tractions Avant . il est jugé comme le tout premier "ennemi public n°1 français. (guillotine.cultureforum.net)

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Abel Danos (1904-1952) dit le "Mammouth" est un ancien membre du réseau la Carlingue. Après la guerre il incorpore le gang de Pierrot le fou. Arrêté en 1948 il est condamné par deux fois à mort pour ses exactions commisent pendant l'occupation. Il tombe sous les balles d'un peleton d'éxécution en mars 1952 au fort de Montrouge. (wordpress.com)

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Joseph Brahim Attia alias "Jo" (1916-1972) ami avec Loutrel depuis leur rencontre au Bataillon d'Afrique. Il sera un des lieutenants de Pierrot le fou.  Lui aussi commença par louer ses services à la Gestapo française de la rue Lauriston. Mais fut finalement déporté à Mauthausen quand il tenta un rapprochement avec des réseaux de résistance. Après la guerre il entra dans le gang des Tractions Avant. Arrêté en 1947, il ne sera jugé qu'en 1953, mais jamais incarcéré. Il meurt d'un cancer de la gorge en 1972. (telescoop.tv)

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Henri Fefeu alias "Riton le tatoué", un des membres les moins connus du Gang de Pierrot le fou. Arrêté à Montmartre il finira ses jours en prison rongé par la turbéculose. Lui aussi avait séjourné au Bat d'Af durant sa jeunesse.

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Georges Boucheseiche à commencé sa carrière avec le reseaux de la Gestapo française, et continua après la guerre dans le gang des Tractions Avant. Arrêté en 1947 il écopera d'un an de prison et sept ans de travaux forcés pour son passé. Il décède mystérieusement en 1972 au Maroc .(13emerue.fr)

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Raymond Naudy, (1921-1948) toulousain d'origine il est un ex-résistant. Après la guerre il entre dans le gang de Pierrot le fou et sera de tous les braquages. Après la mort de Loutrel il fuit avec Abel Danos en Italie où il commet des hold-up, qui feront trois victimes. Dénoncés par des complices il fuit avec sa fiancée et Danos vers la France par bateau. A son arrivée à Menton ils sont pris en embuscade par des douaniers et des gendarmes, lors de la fusillade un gendarme est tué Naudy également. Sa fiancée enceinte est grièvement blessée..(perso.numericable.fr)