Cette crise fut la première de la guerre froide qui affecta sérieusement les relations entre les pays de l'Est et ceux de l'Ouest. Le 12 septembre 1944, les dirigeants alliés (Winston Churchill, Franklin Delano Roosevelt et Joseph Staline) se retrouvent pour une conférence à Londres en vue d'un accord sur le partage de l'Allemagne après la guerre. Celui-ci stipule: << L'Allemagne à l'intérieur de ses frontières telles que celles-ci existaient au 31 décembre 1937 sera divisée pour les besoins de l'occupation en quatre zones, une de ces zones étant attribuée à chacune des trois puissances, et une zone spéciale pour Berlin qui sera conjointement occupée par les quatre puissances >>. La capitale allemande sera également divisée en quatre secteurs d'occupation. Quelques mois avant la fin de la guerre en Europe, une autre conférence se tient à Yalta, en Ukraine, les accords se poursuivent, reprennant les accords signés à Londres concernant l'Allemagne laissant une possibilitée à la France de participer au partage, en constituant une zone issue des zones britannique et américaine.

  Après la capitulation allemande Moscou entend bien imposer le communisme et créer une zone d'influence qui aura l'avantage d'apporter une protection supplémentaire au territoire soviétique et de le préserver d'envahisseurs potentiels venus de l'ouest. A l'Ouest des voix s'élèvent contre l'expansion soviétique, premièrement George Kennan, numéro deux de l'ambassade américaine de Moscou qui envoit en février 1946 un télégramme , alertant Washington sur le totalitarisme du régime stalinien et sa propension à sans cesse trouver un nouvel ennemi pour se justifier, ce qui pourrait mettre en danger la liberté des peuples. Il conseille un durcissement de la politique à son égard. En mars 1946, à Fulton aux Etats-Unis, l'ex Premier ministre Winston Churchill prononce un discours célèbre dans lequel il dénonce le << rideau de fer >>. En réponse l'ambassadeur russe Nicolaï Novikov, publie un telegramme en décembre 1946, où il met en cause la politique des Etats-Unis et de sa volonté de vouloir dominer le monde, affirmant que l'impérialisme américain s'illustrera plus tard entre autres par ses aides financières, apportées pour contrôler les économies des pays aidés et par l'accroissement du budget militaire pour implanter des bases militaires dans le monde. Nikolov assure que l'impérialisme se heurtera toujours à l'URSS, seul pays à avoir préservé son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis.

  Les tensions continuent à monter avec l'instauration du Plan Marshall en 1948, accordant des prêts à seize pays pour aider à la reconstruction industrielle et de la livraison gratuite de produits. Les Soviétiques refusent cette aide, obligeant les autres pays sous leur contrôle à faire de même. Le 1er janvier 1947, la bizone est créée, en supprimant les barrières douanières entre les zones britanniques et américaines, avant d'inclure la zone d'occupation française au printemps de la même année, devenant ainsi la trizone. Les six Etats occidentaux (les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas) préparent une réforme monaitaire pour l'Allemagne de l'Ouest, en préconisant que les présidents des Lander ouest-allemands puissent réfléchir à la création d'un gouvernement démocratique en Allemagne. N'appréciant pas les Russes quittent le Conseil du contrôle allié le 20 mars 1948. Le 20 juin 1948, les trois zones occidentales adoptent le Deutch Mark en remplacement de la monaie d'occupation, afin de se détacher économiquement de la zone soviétique. Furieuse l'URSS arrête tous les trafics ferroviaires entrant à Berlin ainsi que celui des péniches. Elle stoppe également l'envoie du courant électrique provenant de leurs usines. Les raisons invoquées à de telles mesures sont la présence de défauts techniques sur les resaux ferroviaires et pour le trafic la nécessité d'empêcher l'arrivée à Berlin de la nouvelle monaie, qui serait néfaste pour l'économie soviétique. Le 24 juin le blocus devient total, en violation complète de l'accord quadripartie exigeant que le ravitaillement de la capitale allemande se fasse en mettant les approvisionnements en commun. Désormais seul le ravitaillement par le pont aérien reste possible, pour sauver la population de la famine.

  Les Occidentaux ripostent au blocus mettant en place un contre-blocus: tout trafic des zones occidentales vers la zone soviétique ou l'Est de Berlin est prohibé, ce qui pénalise cette zone qui manque cruellement de charbon. Entre la mi juillet et août 1948, un total de 60  Boeing B-29 Superfortress du Stratergic Air Command sans bombes atomiques sont déployées sur des bases en Grande-Bretagne. Même si ces appareils ne transportaient pas d'armes nucléaires, les Soviétiques les virent comme capables d'en avoir au cas ou la situation aurait dégénéré en troisième guerre mondiale. Le 25 juin le général américain gouverneur pour l'Allemagne Lucius D. Clay, téléphone au général Curtis LeMay, qui commande l'USAF en Europe pour qu'il commence à organiser un gigantesque pont aérien. Le plan est approuvé le jour-même par le président américain Harry Truman qui ordonne d'employer tous les moyens nécessaires pour nourrir Berlin jusqu'à ce qu'une solution diplomatique soit trouvée. Le 26 juin les premiers avions américains atterrissent à l'aéroport de Berlin-Tempelhof, suivi deux jours plus tard par le premiers appareil britannique à Gatow.

  Les avions transporteurs présents sur le sol allemands, soit deux groupes de bimoteurs Douglas C-47 Skytrain, comprenant théoriquement 96 appareils ne sont pas suffisants pour ravitailler la ville. Les Etats-Unis font venir des C-54 Skymaster quadrimoteurs basés en Alaska, à Panama ou à Hawaï, 160 sont disponibles en juillet 1948. Ces avions surnommés "Rosinenbomber" (bombardiers de raisins secs) par les Berlionois transportent vivres, matériel, matières premières (blé, charbon, essence) et des médicaments. Les rotations des avions passent par trois couloirs de navigation uniquement en sens unique, deux pour l'aller (nord et sud) et un seul, au centre pour le trajet retour. Un planning draconien est mis en place, chaque pilote n'à droit qu'à un seul essai pour se poser, s' il manque son approche il doit repartir. Ce système permet de faire atterrir un avion toutes les trois minutes en moyenne et le stationnement dans Berlin-Ouest est limité à une demi-heure. Les colis vont du gros conteneur au petits paquets.Un des pilotes américains Gail S. Halvorsen, après une de ses missions avait discuté avec des petits berlinois et avait promis de revenir larguer des bonbons. Il tient sa promesse à la mission suivante il lâche des colis de friandises équipés de petits parachutes. Il fut blâmer par sa hiérarchie pour la forme, avant de recevoir l'ordre de continuer. Le pont-aérien est essentiellement assuré par les Américains et les Britanniques, ces derniers emploient outre les C-47, des Handley Page "Hastings", des Avro York et des hydravions Short S-25 Sunderland, ce type d'appareil réalisera 58 000 mission. La France dont la majeur partie de ses avions transporteurs sont engagés en Indochine, ne réalisera que 424 missions, elle peut néanmoins ravitailler ses garnisons en utilisant des trimoteurs allemands Junkers JU-52. La participation française est surtout dans l'aménagement de l'aéroport de Berlin-Tegel en seulement quatre mois. A la fin du blocus les Alliés ont effectués 278 228 vols, dont 189 963 Américains et acheminés à Berlin-Ouest  2 110 480 tonnes de fret. Une moyenne de 8 000 tonnes de marchandises par jour.

  Les principaux aérodromes utilisés sont Berlin-Tempelhof pour le secteur américain, Gatow et Berlin-Tegel pour les Britanniques. Les hydravions anglais transportant essentiellement du sel ou du charbon, eux se posent sur la rivière Havel et le lac GroBer Wannsee. Quant aux bases de départ les Américains décollent de leurs infractructures militaires de Francfort et Wiesbaden. Les centres logistiques pour le produit important qu'est le charbon, sont les aérodromes anglais de Celle, Fassberg et Wunstorf. Cédant à la pression, Staline fini par lever le blocus le 12 mai 1949, et doit reconnaitre sa première défaite face à l'Occident. Preuve en à été faite qu'une résistance prolongée, face aux intimidations soviétiques, peut les forcer à accepter un compromis. Le pont aérien sera tout de même maintenu jusqu'au 30 septembre, les Occidentaux voulant s'assurer que Berlin-Ouest pouvait affronter un nouveau blocus.

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Berlin en 1945. (crisedeberlin.wordpress.com)

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Les 4 zones d'occupation de l'Allemagne d'après-guerre. (52 pickup)

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Le partage de Berlin. (historicair)

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Couloirs aériens empruntés par les avions pour les rotations vers Berlin. Ces voies aériennes se font en sens unique, deux à l'aller et un seul pour le retour. (Leerlaufprozess)

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Joseph Staline. (larousse.fr)

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Le président des Etas-Unis Harry S. Truman. (Edmonston Studio -- The Library of Congress)

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Le général Lucius D. Clay gouverneur d'Allemagne à l'origine du pont aérien.

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Clement R. Attlee Premier ministre britannique successeur de Churchill. (1957 Michiganensian )

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Des enfants berlinois cherhent des morceaux de charbon près d'une usine. (arcinfo.ch)

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Une foule oberve un C-54 Skymaster qui arrive à Berlin-Ouest . (herodote.net)

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Des C-47 Skytrain sont déchargés sur l'aéroport de Berlin-Tempelhof. (histaero.blogspot.com)

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Des bouteilles de lait chargées dans un avion à destination de Berlin-Ouest. (public domain)

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Opération de chargement de C-47 sur l'aéroport de Francfort. (Bundesarchiv)

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Un avion britannique arrivant à Berlin-Ouest. (leandersimon.wordpress.com)

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Des soldats aidés de civils déchargent de la marchandise à Berlin. (lenouvelliste.ch)

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Gail S Holvorsen. (tagesspiegel.de)

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Les Britanniques ont utlisés des hydravions Short S-25 Sunderland pour acheminer du sel et du charbon. (Canadian Forces)

publishable

Des pilotes américains célèbrent la fin du blocus. (cvce.eu)

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Mémorial érigé à l'aéroport de Berlin-Tempelhof, qui rend hommage au pont aérien, où sont inscrits les noms de 40 pilotes américains et 34 Britanniques morts dans de plusieurs accidents, survenus pendant le blocus de Berlin. (photo Ingrid Strauch)